L'ombre d'un doute

15 avril 2006

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24 janvier 2006

Madame Nidal

ummnidal1Vu sur France 2 au journal de 20 heures, dimanche dernier, un sujet sur Oum Nidal, la nouvelle étoile du Hamas, une mère de famille de 10 enfants, candidate aux élections législatives palestiniennes à Gaza. La dame est devenue célèbre après avoir envoyé trois de ses fils perpétrer des attentats-suicides ("morts en martyrs" croit utile de préciser la journaliste de France 2) .

On nous la montre dans un clip, en train de demander à l'un de ses fils âgé de 17 ans, bardé d'explosifs, d'aller tuer et se faire tuer : "Ne reviens pas avant de l'avoir fait !". Mission accomplie : le gamin est mort et a assassiné cinq Israéliens. "Quand on a su qu'il était mort on était tous très heureux, on s'est embrassés" raconte pour sa part le petit frère du "héros". La bonne Madame Nidal commente : "Pour moi, sacrifier un enfant c'est un devoir sacré".

Le Hamas est au coude à coude avec le Fatah et risque de participer au futur gouvernement de l’autorité palestinienne !

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02 janvier 2006

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20 novembre 2005

A propos des banlieues

Je suis profondément agacé par les divers communiqués, déclarations, proclamations de la plupart des acteurs de la gauche et de l’extrême gauche et d’une partie du mouvement syndical français.

Il serait évidemment absurde de nier les facteurs économiques et sociaux de cette crise. Pour autant, il est un peu commode de se satisfaire de l’explication passe-partout par « le chômage de masse », « les discriminations », « humiliations », « provocations et stigmatisations sur fond de racisme latent ».

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Oui ces quartiers ont été depuis longtemps laissés en jachère par les pouvoirs publics. Mais il faut aller jusqu’au bout du raisonnement. Il est inexact de dire que depuis des années la répression y sévit. C’est d’une certaine façon le contraire qui s’y passe : l’abandon c’est aussi, de la part de l’Etat, l’acceptation de zones de non-droit dans lesquelles la police, les pompiers, les médecins ont depuis longtemps plus ou moins cessé de pénétrer ; c’est la tolérance du deal, de l’économie parallèle et de la mise en coupe réglée de territoires urbains par de petits groupes, parfois des structures mafieuses, qui y imposent leur loi par l’intimidation et la violence. Ca laisse dormir en paix les habitants des beaux quartiers et ça n’emmerde que le petit peuple.
La droite a gagné les présidentielles de 2002 en surfant sur le sentiment d’insécurité de la population, la gauche les a perdues en l’ignorant (et à cause de sa division !). Au nom de quoi et jusqu’à quand, dans nos discours, l’aspiration à la sécurité physique serait-elle jugée moins défendable que celle à la sécurité dans la vie professionnelle ou face à la maladie ?
Bien sûr il faut que toute la lumière soit faite sur le décès des deux pauvres gamins de Clichy-sous-Bois. Mais il est choquant de ne pas trouver dans ces déclarations et communiqués un mot sur l’assassinat du photographe d’Epinay ou de l’habitant de Stains, ou encore sur cette handicapée brûlée par des incendiaires de bus à Sevran. Bien sûr on les « regrette » également, mais bon…! N’oublions pas non plus qu’à l’origine des rodomontades de Sarkozy à La Courneuve il y a quand même la mort du petit Sidi Ahmed, 11 ans, tué par deux balles perdues lors d’un règlement de comptes entre délinquants à la cité des 4000.
Les victimes semblent plus « utiles » lorsqu’elles sont celles de la violence policière (ou supposée telle). En refusant de condamner les actes de vandalisme et en réservant la compassion aux voyous on contribue à mettre dans le même sac, indistinctement, l’ensemble des jeunes de ces quartiers.
Ceux qui voudraient voir dans les émeutes de ces dernières semaines l’expression de revendications sociales ou le signe d’une prise de conscience politique feraient bien de méditer ce rappel auquel nous invite le philosophe Alain Etchegoyen (les Echos 08/11/05) : « Louis Althusser, alors que, jeune normalien, je l'écoutais comme maître « ès marxisme » (…)martelait souvent cette même idée : « Marx dénonce la «racaille», ne vous y trompez pas ! » La « racaille », pour Marx - repris par Lénine -, ce sont ces désœuvrés, ce lumpen prolétariat qui constituent les masses de manœuvre des pires idéologies, ces mercenaires des causes les plus troubles, bref, les adversaires les plus démunis mais les plus violents ennemis de toutes les causes ouvrières et des projets démocratiques. Marx - qui ne donnait pas dans la sociologie explicative et compréhensive - goûtait peu les violences insensées et voyait dans leurs acteurs les alliés objectifs de ses ennemis de classe. »
Les incendiaires de gymnases et d’écoles maternelles, mus par la haine de l’autre, adeptes d’un virilisme exacerbé et de la violence la plus débridée, ressemblent fort à de la graine de fascistes. Ils sont sans doute, d’une certaine façon des victimes eux aussi, mais les victimes font parfois à leur tour des bourreaux fort présentables ; une partie des chômeurs et des déclassés de Weimar ont alimenté les hordes nazies.
Il est assez vraisemblable que ces deux semaines de violences s’intègrent plutôt bien dans la stratégie personnelle de Sarkozy. Pour ce qui est de l’état d’urgence, je ne suis pas convaincu de l’intérêt réel de sa prolongation pour trois mois. Ce dont je suis persuadé en revanche c’est qu’une inertie gouvernementale et une répugnance à user des moyens légaux nécessaires au rétablissement de l’ « ordre républicain » auraient servi les intérêts, au mieux du ministre de l’Intérieur, au pire de Le Pen et de Villiers. Dans le court terme, ou bien l’Etat (démocratique malgré tout !) conserve la main ou bien – c’est la stratégie de Sarkozy – le rôle de pacificateur est confié aux imams, ou encore les « petits blancs » se constituent en milices armées. Quel est le pire ?

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08 novembre 2005

La classe !

"...Ardisson a donc reçu Salman Rushdie dans son émission "Tout le monde en parle", diffusée sur France 2 il y a deux semaines....Rushdie qui vit en Angleterre, n'a aucune idée de qui est Ardisson. Il est envoyé par son éditeur pour parler de son livre. Il s'y rend naïvement comme à une émission littéraire. Or Ardisson a jugé intelligent d'inviter en même temps Samy Naceri, l'acteur de "Taxi" connu pour ses opinions délicates, ses mœurs raffinés et ses convictions islamiques. Sous la baguette de chef d'orchestre d'Ardisson, tout s'est passé, au fond, comme prévu. Samy Naceri, en mimant le geste, a dit à Salman Rushdie que si un imam lui donnait de l'argent pour le tuer, il n'hésiterait pas à lui tirer une balle dans la tête. Salman Rushdie s'est alors levé, a retiré son oreillette, puis il est parti en disant qu'il ne remettrait plus les pieds dans une émission de télévision française. L'émission n'est pas en direct. Les séquences violentes et infamantes ont été coupées au montage, et, jusqu'à aujourd'hui, rien ne filtre du scandale qui s'est déroulé en coulisse, en présence de Gérard Darmon et de Véronique Samson. Cela s'est passé sur une chaîne du service public. A part un entrefilet dans le Parisien et une citation dans un article de Marianne, silence général. Personne n'est au courant. Ardisson va bien, merci. Et tout le monde continuera a aller vendre ses petites affaires chez lui, puisqu'il fait vendre. Et même si l'on sait, on fait semblant de ne pas savoir, pour pouvoir continuer à jouir du privilège d'y paraître. Samy Naceri continue à signer des autographes à ses groupies, et il sera sans doute encore la vedette de Taxi 30. Et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des assassins possibles. Aucun débat n'a eu lieu. Et plus que tout, c'est cette indifférence criminelle qui fait peur. Et qui donne envie d'agir. la moindre des choses serait que l'on écrive massivement au président du CSA, Dominique Baudis, Tour Mirabeau, 39 quai André Citron, ¨Paris 75739, pour lui demander quelle suite il compte donner à cette histoire qui nous engage tous, puisqu'il s'agit du service public que nous finançons collectivement. Quel effet ça fait de vivre dans un pays où Salman Rushdie est menacé de mort sur le plateau d’une émission dite culturelle ? Troublant, non ? Et que personne ne bouge ? Effrayant, non ?Et comment imaginer ce qu’a dû sentir Rushdie ? Et comment ne pas se sentir mal à l’idée de ce qu’il doit penser de nous à l’heure qu’il est ? "

Extrait de l'édito de Philippe Val, Charlie Hebdo, 2 nov. 05.

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24 septembre 2005

Henri Atlan – La science est-elle inhumaine ? (Bayard)

Le sous-titre du livre en définit le propos : essai sur la libre nécessité. Henri Atlan est biologiste et philosophe, directeur d’étude à l’Ecole des hautes études. La science, par sa recherche de mécanismes, d’explications causales et de lois prédictives réduit le champ du libre arbitre comme peau de chagrin. La biologie semble achever cette conquête du déterminisme absolu et donc annihiler la réalité de notre expérience de la liberté, conçue comme capacité de libre choix. Ainsi un hiatus semble se creuser de plus en plus entre ce qui est convenu socialement – l’existence d’agents responsables de leurs actes – et les connaissances nouvelles auxquelles nous parvenons. D’où cette question : si nous parvenons un jour à expliquer mécaniquement l’ensemble de nos comportements et de nos choix que nous ressentons libres, est-ce pour autant la fin de la morale, de la responsabilité, de toute vie sociale ?

L’auteur affirme que non. Notre expérience du libre choix peut être considérée comme illusoire, elle n’en existe pas moins dans notre vécu temporel. Mais notre liberté doit être considérée comme radicalement différente de notre expérience immédiate du libre arbitre. Connaître davantage les déterminismes qui nous gouvernent nous permet de faire l’expérience d’une plus grande liberté. Ce qu’il nomme « un acquiescement actif et joyeux à la nécessité ».

Cette démarche intellectuelle exigeante n’est pas sans rappeler celle des stoïciens, de la pensée bouddhiste ou de certaines écoles mystiques des religions « du livre ».

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20 septembre 2005

Alain Suied - L’Éveillée (Editions Arfuyen )

t_alain_suiedDe façon générale je trouve la poésie contemporaine hermétique. Un poil élitiste. C’est pas pour toi, t’as pas les pré-requis ! Comment faire pour éviter de ne voir qu’un jeu intellectuel inaccessible au vulgum pecus là où vous êtes sommé d’éprouver la fulgurance ? Faut-il donc apprendre à être ému ? Ou peut-être désapprendre les émois vulgaires ? Je fais aujourd’hui avec gourmandise deux heures de queue pour une exposition de Rothko ou de Poliakoff et cependant je n’arrive pas à renier le plaisir que j’éprouvais à 12 ans devant la « Campagne de France » du militaro-pompier Meissonier. On pourra peut-être me convaincre de l’apport inestimable des recherches de l’IRCAM, mais je n’échangerais pas mon paquet de Beatles ou de Portishead contre un baril de Boulez.

Tout ça pour vous dire qu’il y a quelques jours j’ouvre dans une librairie le dernier recueil de mon collègue-pote-camarade Alain Suied et que, là, je reste scotché. La poésie de Suied n’est pas la chose au monde la plus facile à aborder. Et pourtant dès les premiers vers elle est là, inattendue, la sublime douleur, l’exquise et perfide émotion.

Ecoutez donc :

« Nous sommes nés de toi
pour que tu renaisses en nous.
Ma mère, ma petite enfant!
C'est comme si je te portais
en moi, c'est comme si nos mémoires
dessinaient des images de toi,
sur le calque de l'invisible
c'est comme si la terre
sous nos pas
résonnait de toi
c'est comme si la nuit
de l'espace
devenait moins effrayante
habitée par toi.
Ma mère, ma petite enfant
dans la Mort encore
tu nous protèges !
Regarde-nous égarés
dans la ville aveugle.
Regarde-nous, poussière
de tes yeux d' éveillée ! »

Si vous restez de marbre, alors intéressez-vous plutôt à l’art du management !

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17 septembre 2005

Jean Baudrillard et Edgar Morin - La Violence du Monde (Editions Du Félin)

2001_11_09Ce petit livre est la restitution de conférences prononcées à l’Institut du Monde Arabe par les deux sociologues, cherchant au-delà des réactions de haine et de contre-haine à interroger, à propos des sinistres attentats du 11 septembre 2001 à New York, la globalité de la violence de notre monde en détresse. Deux approches du sens du terrorisme contemporain et de l’état d’un monde où peut naître cette violence absolue.

Baudrillard croit discerner dans l’architecture arrogante des Twin Towers un lien logique et symbolique avec leur destruction. Jusque dans leur échec, les terroristes ont réussi leur coup en ratant la Maison Blanche. Ils ont montré involontairement que ce n’était pas là la cible essentielle, que le pouvoir politique ne signifiait au fond plus grand chose et que la puissance était ailleurs. Il distingue de la violence réelle, historique, avec une cause et une fin, la terreur, phénomène extrême qui n’a pas de fin. Plus violente que la violence. Le terrorisme ne porte en lui aucune alternative idéologique ou politique, c’est en cela qu’il est l’objet – aussi – d’une jubilation, qu’on ne retrouve jamais dans l’ordre réel des choses. Si le système est un cancer, il en est sa métastase.

Pour Edgar Morin, le processus d’unification de la planète par l’économie marchande, la science, la technique et les standards occidentaux se mêle – paradoxalement ? – à la désintégration de la foi dans le progrès. Le désir de ne pas perdre son identité nationale, religieuse, culturelle, associé au réflexe de se retourner vers le passé qui cesse d’être un tissu de superstitions pour devenir un recours, engendre intégrisme, fondamentalisme, nationalisme. Si les progrès scientifiques, sociaux, médicaux sont admirables, il fait sien le diagnostic de Rousseau : tout progrès, surtout s’il est matériel ou technique, se traduit par une régression dans un autre sens.

Et de souligner l’obligation de ne plus continuer dans la même voie mais « d’imaginer un commencement ». Les peuples ne sont peut être pas mûrs pour avoir pleinement conscience d’une citoyenneté commune, toutefois la résistance à l’hégémonie de l’occidentalisme existe, il y a des ébauches de citoyens terrestres. A la probabilité du désastre Edgar Morin oppose deux principes d’espérance : celui de la métamorphose qui fait que la chenille, en s’autodétruisant, s’autoconstruit en un être nouveau qui est le même tout en étant un autre ; la conviction que, si on veut bien essayer d’agir en sa faveur, l’improbable peut se transformer probable et le probable en improbable.

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16 septembre 2005

Jirô Taniguchi – L’homme qui marche (Casterman)

Cette bande dessinée japonaise intimiste n’est pas vraiment un manga, aussi n’y cherchez pas de scènes de baston, de super-héros ou de lolitas énamourées. L’auteur, qui a fait ses classes dans le manga commercial, en a abandonné les stéréotypes et ne renie pas aujourd’hui une certaine influence franco-belge. Il a d’ailleurs collaboré à l’occasion avec des auteurs et dessinateurs tels que Benoît Peeters ou Moebius. La petite vingtaine d’histoires courtes qui composent ce volume nous transportent pourtant au Japon et pas ailleurs. Comme l’aurait sans doute fait un Ozu converti au dessin et vivant au 21ème siècle.

Cet homme qui marche, c’est un salaryman, un cadre moyen probablement, qui se promène le nez au vent dans son quartier, attentif aux oiseaux, à la fraîcheur de l’air matinal , à la douceur de la pluie. Le paysage n’y est pas grandiose, on n’a pas le souffle coupé, tout y est si aimablement ordinaire. Pas d’intrigues compliquées, il ne se passe pas grand chose durant les flâneries de notre homme. Ou plutôt, si, mais c’est de l’ordre des petits bonheurs du moment présent : une bergeronnette, un étui de rouge à lèvres perdu par un groupe de lycéennes, l’achat d’un store en roseau, la réparation d’un perchoir à oiseaux. Peu de dialogues, et il s’agit des mots du quotidien. On a comparé ces histoires à des haïku. Elles en ont la sobriété et la précision du trait. Chacune est une invitation à la contemplation, un éloge de la lenteur, l’offrande d’un petit moment de grâce.

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14 septembre 2005

Marco Bellochio - Buongiorno notte

t_buong1Ce film nous ramène dans l’Italie des « années de plomb », au moment de l’enlèvement et de l’assassinat du leader de la Démocratie Chrétienne, Aldo Moro, par les Brigades Rouges. Il ne nous dit rien sur l’éventuelle manipulation des Brigades par les services secrets ou une faction adverse de la Démocratie Chrétienne, ce n’est pas son propos. Marco Bellochio nous fait vivre les cinquante cinq jours de la séquestration jusqu’à l’épilogue meurtrier à travers le regard de Chiara, la seule femme du groupe des ravisseurs. Une heure quarante cinq de huis clos excepté les rares séquences où l’on suit Chiara durant son travail de bibliothécaire ou lors d’un repas de famille, c’est à dire les moments fugitifs où elle côtoie d’autres personnes que ses camarades brigadistes et où elle oublie fugitivement d’être une nonne-combattante d’extrême-gauche.

La sobriété, la distance que met Bellochio dans sa façon de filmer ne rend que plus saisissante la froide détermination des ravisseurs. Ils sont polis avec leur victime, presque prévenants. On n’a pas affaire à des psychopathes exaltés mais à des militants certains que leur fait d’armes fera avancer l’histoire et la cause du peuple.

En fait, tout le monde, otage et ravisseurs, est enfermé dans cet appartement romain; physiquement et métaphoriquement. Les brigadistes les premiers, murés dans leur rhétorique révolutionnaire et emprisonnés par les rituels de clandestinité. N’était la certitude de la fin tragique, le procès délirant qu’ils mènent au leader démocrate chrétien, « au nom de l’ensemble du prolétariat », serait burlesque. Moro est coupable et son crime est le compromis historique établi entre la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste italien. Coupable et donc condamné à mort car « la justice prolétaire n'est pas la justice bourgeoise, notre justice prévoit la peine de mort, sans pourvoi en appel ou en cassation ».

Comme dit le jeune homme rencontrée par Chiara à la bibliothèque, le jumeau inversé de la brigadiste peut-être : « Tu les imagines nous gouverner ? » De fait, Chiara, la seule qui ait encore des contacts avec le monde réel sentira peu à peu son assurance vaciller. Mais elle ne fera rien. Sa seule échappatoire sera une évasion fantasmatique qui lui fera rêver d’un Moro, rescapé d’entre les morts, errant dans les rues de Rome.

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